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Entreprendre en relation d’aide : ce qu’on ne montre pas sur les réseaux.

Entreprendre en relation d’aide, surtout dans le milieu du bien-être, est souvent idéalisé. Sur les réseaux sociaux, on voit la liberté, le sens, les sourires, les moments touchants. Et oui, tout ça existe réellement. Mais il y a une partie du métier dont on parle beaucoup moins. Celle qui se vit dans le corps, dans le système nerveux, dans l’émotionnel.


Shanel Campbell, entrepreneure en relation d'aide

La charge émotionnelle, pour vrai.

Accompagner des humains, semaine après semaine, ce n’est pas anodin.

Que ce soit des personnes âgées, des personnes vivant avec une déficience, des enfants ou des familles, chaque rencontre demande une présence profonde. On accueille des histoires lourdes, des douleurs accumulées, des pertes, de l’isolement, du stress, parfois même du désespoir. Même quand les séances sont douces, même quand il y a des sourires, ça laisse des traces. Et en présentiel, encore plus. On ressent. On absorbe. On porte.


Avoir une vie à soi… tout en accompagnant les autres.

De mon côté, j’ai aussi une vie bien remplie à l’extérieur de mon travail.

Je suis maman de jumeaux de trois ans. Deux petits garçons qui demandent énormément d’énergie, de patience et de présence émotionnelle.

Alors non, je ne peux pas accompagner toute la journée, puis rentrer à la maison comme si de rien n’était. Si je ne prends pas soin de moi, l’épuisement n’est jamais bien loin. Pas un gros burn-out spectaculaire.

Mais une fatigue lente. Une surcharge intérieure. Une perte de créativité.


Se réguler devient une priorité, pas un luxe.

Avec le temps, j’ai compris une chose essentielle : prendre soin de mon système nerveux fait partie intégrante de mon travail. Ça passe par des choses simples, mais non négociables :

• passer du temps en nature, souvent en forêt avec mes chiens ;

• prendre quelques minutes pour respirer ou méditer, parfois seulement 5 ou 10 minutes ;

• bouger mon corps, pratiquer le yoga ;

• et surtout, m’écouter réellement.

Parce qu’aider sans se réguler soi-même, ce n’est pas soutenable à long terme.


De « sauver » à « élever ». »

Ma posture d’accompagnante a beaucoup évolué avec les années.

Avant, j’étais souvent en mode « je vais te sauver ». Je portais beaucoup. Trop. Je voulais alléger, réparer, soulager à tout prix. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus dans « je vais t’élever ». Je suis là pour soutenir, pour donner un élan, pour souffler sur les braises… mais plus pour porter la responsabilité entière du chemin de l’autre. Si une personne ne souhaite pas s’aider, je ne peux plus être celle qui s’épuise à sa place. Et ce n’est pas un manque de cœur.

C’est une forme de respect — pour moi et pour l’autre.


Ajuster sa pratique, sans culpabilité.

Avec l’expérience, j’ai aussi appris à reconnaître ce qui me demande le plus émotionnellement. La zoothérapie, par exemple, est une pratique magnifique, mais extrêmement exigeante. Contrairement à ce que plusieurs imaginent, ce n’est pas « facile ». Ce n’est pas seulement être avec des animaux.

C’est tenir l’espace pour l’humain, pour l’animal, pour les émotions, pour le cadre. J’ai réalisé que je ne pouvais pas remplir mon horaire uniquement avec ce type d’intervention. Alors, j’ai ajusté ma pratique : plus de yoga adapté, des objectifs plus stimulants, notamment avec les enfants en intervention, où je ressens davantage de stimulation et de créativité. Changer sa façon de faire, ce n’est pas reculer. C’est évoluer.


Se choisir pour mieux accompagner (et mieux être parent).

Cette prise de conscience s’est aussi transposée dans ma vie de maman.

J’ai grandi avec l’idée que se sacrifier pour ses enfants était valorisé. Aujourd’hui, je choisis autrement. Je me choisis. Je prends du temps pour moi. Je me régule avant de donner. Et je le vois clairement : quand je vais bien, mes enfants vont mieux. La relation est plus douce, plus sécurisante, plus saine.

Se passer en premier, dans ce contexte, n’est pas de l’égoïsme.

C’est une responsabilité.


Ce qu’on ne montre pas toujours.

Entreprendre en relation d’aide, ce n’est pas seulement suivre sa passion.

C’est apprendre à se connaître profondément. À mettre des limites.

À protéger son énergie. Parce que pour accompagner longtemps…

Il faut d’abord apprendre à se préserver.



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